La lecture et moi, un amour

À 4 ans déjà, j’étais très espiègle, casse-pieds, une vraie peste…comme un ouragan, je ravageais tout sur mon passage. Semble-t-il, du moins. Les livres de mes frères et les postes-récepteurs de maman en payaient le prix fort. Je chiffonnais souvent les livres, détruisais les radios et personne ne me sanctionnait parce que papa prenait toujours ma défense. Bien entendu, cela poussait davantage mes ailes, mais ça n’a point duré longtemps. Je me souviens qu’un soir après le dîner, alors qu’ils (frères) révisaient leurs leçons, profitant d’un moment d’inattention de mes parents, je me suis faufilée jusqu’à la table pour prendre le livre de mon frère et le déchirai avec entrain. Mon frère furieux se plaignit et papa avec un calme légendaire promit de régler mon cas. C’est ainsi, un soir en rentrant du boulot, il m’acheta le syllabaire à la place de mes bonbons. Comme à l’accoutumée, je reconnaissais de loin le bruit de sa voiture et m’empressais toujours d’aller l’accueillir (oui oui l’appât du gain😃). Ce soir-là, grande fut ma déception de voir qu’en lieu et place de mes bonbons, il me tendait un livre en disant ceci : « Nénen Sow, regarde je t’ai acheté un ami et lui il va t’apprendre beaucoup de choses. Dorénavant, comme tes frères, chaque soir tu vas les rejoindre à table pour lire. » Moi comme une possédée, je me roulais sur terre, pleurais pour réclamer mes bonbons, je ne voulais pas de cet « ami » qui allait m’empêcher de courir partout et de me poser parfois devant la télé avec mes parents. Papa entra dans une colère noire que je ne lui connaissais pas jusque-là et m’intima l’ordre de prendre le livre. Ce que je fis sans me faire prier et courus par la suite me cacher derrière maman. C’était pour moi l’une des pires sanctions qu’on m’ait infligé. Je le voyais chaque soir avec mes frères et je n’étais pas prête à vivre cela…Je voulais continuer à être cet enfant insouciant qui donne du fil à retordre à toute la maisonnée. Mais hélas, c’était sans compter avec la détermination de mes parents à m’apprendre à lire, alors que je n’avais que 4 ans.

Petit à petit, ce que je considérais comme un purgatoire, devenait mon hobby préféré au quotidien. Je commençais à apprécier la compagnie de mon « ami », prenais goût à la lecture et je me rendais compte que papa n’avait pas tort. Mon frère et mes parents ne ménageaient aucun effort pour faciliter mon apprentissage. Avant même mon entrée à l’école; j’étais devenue une férue de lecture, je lisais tout : tout ce qui me tombait dans la main (journaux, livres de papa, romans de maman, dictionnaire, cahiers et livres de mon frère…). Même si mon cerveau avait du mal à assimiler certaines choses et à comprendre la signification des mots, je lisais quand même. mon inscription à l’école coranique contribua davantage à stimuler mon cerveau et à faciliter la compréhension des choses. Papa m’acheta de nouveau les livres (Mamadou et Bineta lisent et écrivent couramment; Mamadou et Bineta sont devenus grands.)

Je peux dire sans risque de me tromper que c’est à partir de cette période-là que mon amour pour la lecture a commencé et que cela a fini par devenir une passion. Encore aujourd’hui, mes yeux frétillent toujours devant un livre et je suis toujours en extase lorsque je parcours des récits palpitants, lorsque je découvre de nouveaux livres.

J’avais 7 ans quand mon frère m’offrit mon tout 1er roman (une vie de boy, de Ferdinand Oyono) et un dictionnaire pour comprendre le sens des mots. Par la suite, ils me faisaient tous plaisir en m’offrant ou prêtant des livres. Maman et mon frère me faisaient lire leurs livres et après je leur faisais un résumé (c’était le deal). Je crois sans risque de me tromper que c’était aussi une façon pour eux de cerner mes capacités d’analyse et de discernement. J’adorais beaucoup ces moments parce qu’ils me permettaient à moi aussi d’avoir un autre avis sur le livre. Aujourd’hui, tout ça me manque.

J’ai lu presque tous les anciens classiques avant le collège et le lycée – la chance d’avoir un frère et une mère férus de lecture. Ce qui faisait qu’en cours de français, j’avais une certaine longueur d’avance sur mes ami.e.s.

En 2016, ma passion pour la lecture s’était un peu débridée sans que je ne puisse trouver une explication rationnelle (était-ce parce que je traversais une mauvaise passe ?). Je crois que je ne saurai jamais la réponse mais, tant pis. Toujours est-il que cette année, je m’étais éloignée des livres ; je n’en ai lu que 10. Alors, je me suis promise de faire un break avec les achats de livres le temps de finir avec toute la pile qui était entassé dans ma chambre. Mais je suis une acheteuse compulsive et j’ai la boulimie des livres ; donc c’est tout naturellement que je n’ai pas pu résister longtemps lorsque j’ai mis les pieds dans une librairie.

Mais Hamdoulilah, j’ai renoué avec mon amour et tout va pour le meilleur. Je fais un effort – et ce malgré mes occupations – de lire au minimum 2 livres dans le mois. Je me suis instaurée une nouvelle règle à laquelle je ne déroge pas : lire au moins 30 pages au réveil et 30 pages avant de me coucher. Par contre, je ne parviens toujours pas à m’y faire avec les livres audios. But i try.

Pour moi, la lecture est un magnifique moyen d’apprentissage, d’évasion, de voyage, de développement personnel, de renforcement des capacités linguistiques…bref la lecture m’apaise, c’est mon anti-dépresseur préféré, ma thérapie quand tout s’écroule autour de moi. Lire est devenu indispensable à ma vie et à mon quotidien et tout ça c’est grâce à mon vieux « dictateur » de père.

Sinon, je lis actuellement une magnifique biographie de Steve Jobs écrite par Walter Isaacson. Le livre m’a été recommandé par une connaissance et je m’en délecte bien.


Alors, que vous apporte la lecture ? Qui vous a offert un livre pour la 1ere fois ? Quels types de livres lisez-vous ?

Destin Sacrifié, et si on m’avait laissé le choix ? Chapitre IX : Le deuil

« Le bonheur et le malheur sont comme le jour et la nuit, ils se suivent »

Une semaine après le mariage, le couple Khadija-Chérif était parti en lune de miel à Boffa bel-air, pour passer une semaine en « amoureux » dans un cadre paradisiaque loin du bruit de Conakry. Pour Chérif c’était surtout une stratégie pour briser la glace entre eux et discuter de leur avenir commun. La stratégie de Chérif s’est révélée gagnante puisque Khadija était devenue beaucoup plus décontractée, ouverte et rayonnante même si ce lugubre pressentiment continuait encore. Elle était comme une personne qui avait des « dillé* » sur elle. Chérif par contre, plus il poussait les discussions, plus il se rendait compte de la culture générale de Dija. Lire la suite

Destin Sacrifié, et si on m’avait laissé le choix ? Chapitre VIII : le mariage

Père Khadija était sorti de l’hôpital en chaise roulante pour poursuivre sa convalescence à la maison. Entouré des siens, il récupérait petit à petit et se faisait choyer par ses enfants (Khadija et son frère). La présence de ces derniers le rassurait et lui permettait de retrouver le moral, même si l’avenir de sa fille le préoccupait. Il n’avait plus évoqué la cause de son malaise et respectait scrupuleusement les instructions de son médecin; de toute façon il n’avait pas le choix ; sa femme y veillait constamment.

Connaissant l’animosité qu’entretiennent certains membres proches et éloignés de sa famille à l’endroit de sa femme, père Dija avait fait faire tous les documents détaillant la façon dont il léguerait sa richesse (une sorte de testament). En général, chez les Peuls, la fille n’a aucun droit sur l’héritage laissé par son père ; père Dija avait une nouvelle fois brisé les codes en y incluant sa fille. Le document en question était détenu par son meilleur ami avec la consigne de ne le divulguer qu’après son décès. Il avait aussi demandé à son fils aîné de veiller à ce que ses dernières volontés soient respectées. Lire la suite

Destin Sacrifié, et si on m’avait laissé le choix ? Chapitre VII : la maladie

Plus la date du mariage approchait, plus cela rendait Dija nerveuse et stressée. Pourtant, elle réussissait bien à le dissimuler en feignant d’être enthousiaste à l’idée d’être unie à son cousin.

Au stage, Khadija était très studieuse et s’appliquait toujours avec dextérité pour rendre un travail de qualité. C’est d’ailleurs grâce à sa constance et à son acharnement au travail qu’elle réussit à changer de service. Ce qui lui permit de sortir des griffes de son harceleur de supérieur.

La vie suivait son cours normal au sein des deux familles. Khadija passait de beaux moments dans son nouveau service. Son nouveau chef était très respectueux, strict et exigeant. Ce qui ne déplut pas à Dija. Au contraire, ça l’a poussait à être deux fois meilleure. Lire la suite

Destin Sacrifié, et si on m’avait laissé le choix ? Chapitre VI : la rencontre

Khadija, après des semaines de réflexion avait fini par faire part de sa décision d’accepter son union avec Chérif à son père. Ce dernier était partagé entre la joie et les regrets : heureux que sa fille ne lui ait pas désobéi, mais rongé par les regrets parce que conscient que sa décision les avait finalement éloignés, l’un et l’autre. Et cela lui était insupportable.

Père Khadija et tante Ramatoulaye avaient eu recours à un érudit pour faire du « listikar » afin de déterminer le jour propice à la célébration du mariage. Ce dernier leur avait suggéré la date du 18 mai 2008. Une réunion familiale fut de nouveau convoquée et tous les autres membres s’accordèrent sur la date.

Khadija et Chérif furent de leurs côtés informés par leurs parents respectifs. Chérif attendit des jours pour voir si Khadija le contacterait pour une éventuelle rencontre. N’ayant pas eu de nouvelles d’elle, il prit les devants et fixa un rendez-vous en fin de semaine pour un dîner après le service. Cela leur permettra de mieux échanger loin du cocon familial et de toute pression. Lire la suite