Le système sanitaire guinéen, au-delà de l’imaginable

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Après des mois d’hibernation de mon blog due à mes occupations et au syndrome de la page blanche, je me demandais quand est-ce que j’allais reprendre ma plume. Mais la vidéo de dame Djenabou Diallo, victime de notre système sanitaire défaillant et de l’inhumanité de certains médecins, m’a sortie de ma léthargie.

Dans cette vidéo, la victime expliquait les conditions exécrables et inhumaines dans lesquelles des médecins l’ont forcée à accoucher, elle était enceinte de jumeaux qui n’ont malheureusement pas survécu. Cette vidéo m’a mise dans tous mes états, j’étais choquée, partagée entre l’incompréhension et la révolte.

Je me demande encore comment la victime a pu tenir pendant les mois qui ont suivis son accouchement. Elle a décidée de réagir et d’intenter un procès au gynécologue qui l’a forcée à accoucher dans des conditions inacceptables. Je suis subjuguée par son courage et sa détermination à aller jusqu’au bout, elle le fait avant tout pour éviter que cela n’arrive à d’autres personnes. Même si ma jeune expérience de citoyen guinéen me fait penser qu’il est vain de croire que ce genre de pratique cessera dans un pays comme la Guinée, où la justice ne joue pas son rôle.

Le médecin mis en cause dans cette vidéo est, semblerait-il, l’un des meilleurs gynécologues du pays, mais aussi le plus grossier qui soit…

Hôpitaux, « mouroirs » insalubres :

Il y a deux ans, dans le billet intitulé La face exécrable du système sanitaire guinéen, je décrivais la face hideuse de notre système sanitaire ; depuis rien ne s’est amélioré, aucune initiative n’est prise par les décideurs pour changer la donne. En Guinée, en 2018, les hôpitaux sont des « mouroirs » : femmes, enfants et vieux meurent dans des conditions inacceptables. Les structures sanitaires manquent cruellement d’équipements adéquats, ce qui explique les erreurs de diagnostics trop nombreuses que commettent nos médecins. Il est fréquent de voir un même médecin établir deux diagnostics différents pour le même patient !

Qu’il s’agisse des hôpitaux publics ou des cliniques privées, le résultat est le même. Les salles dans lesquelles les malades sont admis sont décrépites et exiguës. L’Institut de nutrition et de santé de l’enfant (INSE), le seul dans la capitale guinéenne à accueillir les prématurés, se trouve dans une situation alarmante. Les rares couveuses qu’on peut y trouver sont vétustes, chats, moustiques et autres bestioles servent de compagnons aux nouveau-nés. De plus, dans les salles, la chaleur est étouffante.

On se souvient que la maladie du virus Ebola avait mis à rude épreuve notre système sanitaire. Les fonds récoltés pour lutter contre Ebola auraient pu (dû) servir à la réhabilitation et à l’équipement des hôpitaux ainsi qu’à la formation du personnel… mais rien n’a changé. Comment ont été dépensés ces fonds, à quoi ont ils servis ? A ce jour, personne ne saurait dire comment ils ont été utilisés.

Autre exemple : le CHU de Donka qui est en pleine rénovation. Il est à craindre que la rénovation se limite juste au bâtiment… Est-il prévu notamment d’y adjoindre des équipements adéquats répondant aux normes ? Des formations sont-elles également envisagées pour le personnel ? Rien n’est moins sûr …

Une des faces sombres du système sanitaire guinéen, c’est l’insalubrité de ses structures. Les pièces sont vieilles et sales, les toilettes dégagent une odeur nauséabonde, on trouve des seringues usagées, des paires de gangs usés… jetés çà et là. C’est consternant.

Médecins insolents :

Aujourd’hui, certains médecins effraient plus que les maladies et les pathologies. Votre premier lien avec eux, c’est ce regard plein de dédain qu’ils vous lancent alors qu’ils sont censés vous réconforter (ou du moins faire semblant). Leur inhumanité est juste effrayante.

En général, un patient a besoin de réconfort de la part de son médecin. Mais la plupart d’entre eux ne semblent pas le savoir ou du moins refusent d’appliquer les bases d’une bonne relation entre les patients et eux. Ils se fichent complètement de l’état d’esprit de leur patient, y compris lorsqu’il s’agit d’une femme qui accouche. Entre haussement de ton et invectives, tout est réuni pour vous saper le moral. Comment expliquer cela ? C’est vraiment à se demander s’ils n’ont pas une pierre à la place du cœur.

Je ne me suis pas encore retrouvée dans un lit pour accoucher, mais pour avoir assisté à deux accouchements, je sais que l’accouchement est le moment le plus important et le plus douloureux de la vie d’une femme. C’est dire aussi que c’est le moment où elle a le plus besoin de soutien, et de tendresse. Surtout, ce n’est donc pas le moment qu’on lui sape le moral ou qu’on l’invective.

Entre fatalisme et résignation :

Je ne connais pas de peuple aussi résigné et fataliste que celui de la Guinée. Pour bon nombre de mes concitoyens, tout ce qui arrive découle de la volonté de Dieu, quand bien même ils sont responsables de la situation. Il est vrai que nul ne peut modifier le dessein de Dieu, mais il y a  tout de même des choses que lon peut éviter. Il suffit juste d’avoir de la volonté et de la bonne foi, ce qui manque encore aux Guinéens.

Je disais plus haut dans ce billet que j’étais impressionnée par la détermination de la dame qui a accouché de jumeaux malheureusement morts. Elle a tenu à rendre justice là où certains se seraient résignés et auraient décidé de tout remettre entre les mains de Dieu. Sa démarche est compréhensible. Elle veut éviter qu’un tel drame se reproduise, elle poursuit donc en ce moment le médecin en justice. Un médecin qui ne respecte pas ses patients et qui fait une grave faute doit être signalé et sanctionné ! Sinon rien ne changera ! Certes, cela ne rendra pas ses enfants à cette femme, et cela  n’effacera pas tout ce qu’elle a subi. Mais ce sera une forme de réparation face à l’injustice qu’elle a vécue et cela enverra un message fort pour servir d’exemple aux autres.

Quand le Guinéen sortira de sa résignation pour être plus exigeant envers ceux qui dirigent, les gens cesseront de mourir pour rien. Mais en attendant, continuons avec notre phrase fétiche : « A Dieu de rendre justice ».

 

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